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Rover claude gassian

Entretien Rover Angers/Le Courrier de l'Ouest 2.2.2022

Le 04/02/2022

Le chanteur Rover sera en concert mercredi soir au Théâtre Chanzy, à 20 h 30 à Angers. Entretien.

Comment allez-vous ?

Rover : « Je viens d’arriver à Nantes (Rover était en concert précédemment à La Bouche d’Air) et je suis heureux. Tout ce qui me rapproche de la Bretagne me plaît ! La tournée se passe bien ; les gens viennent aux concerts. Je me rends compte à quel point cela s’est intensifié depuis le contexte qu’on a tous vécu. Cela donne une dimension supplémentaire à ce métier qui est à la fois fascinant, fatiguant et prenant. C’est dans ces moments-là que l’on peut réinventer sa musique, la partager, qu’il se passe quelque chose qui vous nourrit pour la suite. Il ne faut pas négliger ce privilège. »

Vous avez conçu votre nouvel album, « Eskeller », dans une ancienne glacière à Bruxelles, dans des conditions très particulières. Auriez-vous fait un tout autre disque en un autre endroit ?

« Sans aucun doute. Il aurait été complètement différent. Pas dans son esthétisme, ni dans le son, même si cela aurait sonné différemment mais c’est dans l’aspect invisible de la démarche, dans tout ce qui fait qu’un disque demeure inexplicable même après plusieurs écoutes. Pourquoi il est important de se mettre dans des conditions comme ça pour moi, dans des zones d’inconfort, c’est pour que la musique ne devienne à aucun moment transparente. La transparence en musique, c’est une absence de vie ; il faut de la matière, même dans le silence. Ces lieux-là permettent de s’appuyer sur de la matière, sur quelque chose de très concret et en même temps de très mystérieux. Je ne peux pas m’installer dans des acquis, dans des performances. Je ne suis pas quelqu’un qui cherche à impressionner, à démontrer mes qualités. Ce qui m’intéresse, c’est de montrer les endroits où je suis faible, qui me demandent beaucoup d’efforts et d’humilité. »

La solitude faisait-elle aussi partie de ce processus de création ?

« C’est venu très vite, depuis le premier disque. J’ai beaucoup de difficultés, non pas avec les êtres humains, que j’aime beaucoup (rire), mais avec le fait de ne pas perdre de temps avec les gens. Je n’ai trouvé personne qui me faisait gagner du temps. Personne n’est à séduire quand on est seul ; il n’y a pas de compromis à faire, pas de diplomatie à avoir. La solitude, c’est marcher seul dans la forêt, ne pas avoir de destination et continuer son chemin et c’est merveilleux. Les moments de doute sont des moments de récréation, jamais d’angoisse. Quand je ne suis pas en phase avec ce que je dois faire, je continue, je tourne autour : c’est comme une danse… parfois c’est l’instrument qui danse, parfois c’est nous. Je n’ai pas encore trouvé les mots pour dire à quel point c’est grisant. Les navigateurs en solitaire, les astronautes ressentent cela. On est les seuls témoins de ce qu’on vit, c’est ça qui rend fou et c’est ça qui est génial. »

Comment regardez-vous votre parcours et l’évolution de votre art ?

« C’est curieux car plus jeune, j’avais tendance à me projeter : il faudrait que tu voies tel pays, que tu collabores, que tu essaies tel son de studio… plein de projets liés à une fougue de la jeunesse. Aujourd’hui, je me rapproche du présent, de l’instant où la musique se fait. Les idées, en musique, c’est un peu nul, ça n’a pas vraiment de sens ; je ne cherche pas les disques remplis de bonnes idées. Je préfère les bonnes intentions, les bonnes émotions. Maintenant, je veux me rapprocher au plus près de l’essence même d’une chanson. Je veux aller encore plus loin avec moins… »

D’où part une chanson chez vous : d’un son ? d’une image ? d’une référence ?

« Rarement d’un son. Je n’ai pas trop cette culture geek à fouiner à la recherche de sons. C’est basé sur une émotion qui me tourne autour, qui est là le matin, l’après-midi, qui revient le soir ; cela peut être quelque chose de très positif, ou une colère, une forme de nostalgie, une projection dans l’avenir, juste un instant. Cela se transforme souvent en suite d’accords mélodiques. Parfois, cela vient d’un coup, comme des balles de fusil projetées sur l’instrument. »

Comment pourriez-vous qualifier votre musique ?

« L’exercice est dur car il peut tout de suite évoquer de la prétention. Très spontanément, je dirais qu’il y a une volonté d’être dans la filiation que ce que procure la musique classique. Encore une fois, en toute humilité. Ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas dans un courant. Je suis un peu isolé à ce niveau-là. J’aimerais avoir une réponse simple mais disons que c’est une musique à la fois très contemporaine avec un ingrédient très traditionnel et avec l’envie de se projeter dans du très lumineux. »

Rover en concert ce mercredi soir au Théâtre Chanzy, à 20 h 30. Première partie : Terrier. 20 € et 23 € (02 41 96 13 40).

Rover web 1

Le palais des glaces de Rover . Le Monde.fr

Le 15/05/2021

Musique : le palais des glaces de Rover
Le chanteur et multi-instrumentiste offre avec « Eiskeller » un splendide troisième album, conçu dans d’anciennes glacières bruxelloises.

Par Bruno Lesprit

Rover à Bruxelles en 2021. CLAUDE GASSIAN


Où il y a de la gêne, il y aurait du plaisir. C’est avec en tête cette inversion de proverbe que Timothée Régnier, chanteur et multi-instrumentiste mieux connu sous l’alias de Rover, a choisi de se cloîtrer dans un lieu froid et guère hospitalier pour confectionner son troisième album, Eiskeller – soit « cave à glace » en allemand. Ce mot, inscrit sur les clés de l’atelier qu’il a occupé dans les anciennes glacières de la commune bruxelloise de Saint-Gilles, a fini par agir comme un « mantra rassurant ». On lui avait parlé de la possibilité de louer un espace dans ce site industriel reconverti en locaux culturels (ateliers, locaux de répétition), qui fournissait jadis les brasseries : « Il n’en restait qu’un : le plus grand, le plus austère, le plus froid – 8 °C à l’année –, au sous-sol. »

Le musicien se demande encore pourquoi il s’est « infligé une expérience comme celle-là », une quarantaine pour son entrée dans le même âge : s’enfermer et s’isoler pendant quinze mois, les quatre premiers à se convaincre que cette contrainte était une bonne idée et qu’il fallait persévérer. Par refus du confort et du conformisme du studio, avec son ingénieur du son et ses horaires fixes ? Pour introduire une rupture climatique avec deux premiers albums (un sans titre en 2012 puis Let It Glow en 2015), salués comme des réussites de pop made in France – ils sont chantés exclusivement en anglais, langue qu’il a choisie comme on le ferait pour un « un instrument de musique » ? Rover voit pourtant cet ensemble comme « une fratrie, un triptyque : les ingrédients et les outils sont les mêmes, et je ne m’en lasse pas ; le fil rouge est de parler de soi, du rapport au temps, à l’amour, à l’amitié, les actes manqués… et il y a toujours ma tronche sur les pochettes, je ne sais pas si c’est par ego ou par cohérence ». Sur celle d’Eiskeller, son profil col relevé évoque le Bowie-Nosferatu de Low – membre, avec les Beatles et les Beach Boys, de sa Sainte Trinité en B.

Refuge souterrain
« Tout est affaire de décor », rimait Aragon. Celui de Rover pour Eiskeller était fait de murs épais, tuyaux de réfrigération, miroirs et sacs de boxe – un club avait récemment élu domicile dans la glacière. Ni internet, ni téléphone, ni même eau courante. « On est coupé de la lumière du jour, raconte-t-il. Quand j’éteignais, j’avais presque le silence absolu de la grotte de Lascaux, un noir qui frôle l’angoisse. Ça m’a plu. C’était intimidant et dur de crâner là-dedans. De toute façon, personne n’écoutait ce que je faisais. » Ce refuge souterrain, il a fallu l’apprivoiser et l’aménager, avec des couvertures aux murs ou en plaçant les micros après essais, prise de notes et marques au sol avec du scotch.

Lire la critique (en 2016) : Rover, l’œil dans le rétro, le cœur à l’aventure
La difficulté principale (résonance) était d’enregistrer la batterie Ludwig, marque d’élection de Ringo Starr, modèle patent et assumé du touche-à-tout qu’est Rover pour cette « patte lourde et élastique comme un phrasé de basse », dont les roulements ne ponctuent pas les phrases mais s’immiscent en elles. Le reclus a interprété « comme un encouragement » la découverte dans la benne à ordures de « deux panneaux acoustiques de deux mètres de large des années 1970 : de la toile de jute qui puait la clope, mais ça coûte une fortune ! J’ai nettoyé, aspiré, et je les ai placés devant la batterie pour créer une bulle. Je les ai gardés comme des reliques car ils m’ont fait reprendre confiance dans le disque ».

Ces treize titres côtoient le sublime des productions feutrées et calfeutrées
de l’aube des années 1970

Et quel disque, mes aïeux ! Autour de ses fétiches, Rover a transformé son entrepôt en palais des glaces, où il a pu contempler ses états d’âme. En disciple du Lennon post-Beatles, il ne parle jamais que de lui – « Ça me permet de me comprendre, ce qui est la meilleure manière de comprendre les autres », reconnaît-il. De l’éther délicat de To This Tree, « une lettre ouverte à la génération d’après », au folk rock de Woys, les treize titres d’Eiskeller côtoient le sublime des productions feutrées et calfeutrées de l’aube des années 1970, avec pianos réverbérés, basses rondouillettes et mélodies crève-cœur. Des ballades en mid-tempo alangui, jusqu’à l’ambient avec Cold and Tired et son effet vocoder à l’agonie, dans un usage proche de celui qu’en fait Bon Iver : « Tout est en suspens comme l’eau quand elle se met à geler. »

Il faudrait toutes les citer, la déambulation métronomique de Venise Hat, For Ages, vulnérable comme un Lennon congédié par Yoko Ono, Roger Moore, beau comme du Harry Nilsson au sommet de son spleen, le solo déglingué de Wasted Love avec sa guitare de supermarché sortie de la réserve de jouets de Pascal Comelade, la complainte hululante de From the Start… Chantés d’une voix androgyne et mutante, qui va de l’ange à la bête blessée. Comme les baroqueux, Rover joue sur instruments anciens. Eiskeller offre une place de choix aux claviers, avec en majesté le Mellotron, cet ancêtre du synthétiseur usité par les Beatles, les Moody Blues ou King Crimson : « J’ai voulu confronter le froid de la glacière à la chaleur de l’analogique. »

« Mini-bibliothèque humble »
Evidemment, cette mélancolie de ce qu’on n’a pas connu s’inscrirait davantage dans le postmodernisme que dans l’avant-garde. « Je n’ai pas de complexe à m’inspirer de ce qui m’a donné envie de faire de la musique, répond Rover, car ça m’a sauvé la vie d’écouter des disques au casque au Virgin de Rennes quand j’avais 18 ans. Et je n’ai pas la prétention de révolutionner les choses. Plus ça va, plus c’est l’artisanat qui m’intéresse. Un artiste se pose la question de ce qui sera écouté dans six mois. Moi, non. »

Ce compagnon du devoir ajoute : « J’adore mes disques, alors qu’il y en a qui ne s’écoutent plus. On est dans une mini-bibliothèque humble de soi-même. » Avec pour seul dessein de « refléter qui on est et ce qu’on aime », Rover a offert une illusion vertigineuse : l’auditeur croit découvrir dans Eiskeller un trésor perdu des dives seventies alors qu’il a été assemblé par un garçon né à la mort du punk.

Eiskeller, Cinq7/Wagram. Tournée : le 5 juin à l’Espace culturel François-Mitterrand de Canteleu (Seine-Maritime), le 10 à La Cigale (complet), Paris, le 14 juillet aux Francofolies de La Rochelle… rover-music.com

Midi Libre Toulouse Festival les Intimités 26/08/2016

Le 28/08/2016

Rover, parrain du festival : «J'aime l'idée de déloger la musique»

Fêtes et festivals - Festival des Intimités

Le 19/07/2016
Toulouse les intimites
Rover : «Ce qui me plaît de moins en moins, c'est la retenue».../Photo DDM, Michel Labonne

Demain, Harrison Stafford se produira au festival des Intimités qui propose, jusqu'au 15 septembre, cinq concerts. Interview de Rover, l'un des artistes invités et parrain de cette édition 2016

L'auteur-compositeur interprète Rover (2 albums et 2 victoires de la musique), était à Toulouse pour attirer l'attention sur la manifestation dont il est le parrain : le festival des Intimités qui se déroule jusqu'au 15 septembre. Organisé par Jerkov Musiques, ce festival a pour particularité de programmer ses artistes dans des lieux atypiques, afin de favoriser la proximité entre artistes et public. Les formats sont des solos, des duos ou des trios. Un concept qui a plu à Rover, qui se produira dans le cadre du festival, le 26 août et dont le second album «Let it glow», est un bijou.

Pourquoi avoir choisi un nom de marque de voiture comme pseudo ?

Ce n'est pas seulement en souvenir des Rover de mon père, c'est plutôt pour l'idée de nomadisme qu'induit ce mot. Il correspond bien à ma trajectoire… Il y a aussi quelque chose de rugueux dans sa sonorité qui me plaît. !

Votre second album s'intitule «Let it glow». Que mettez-vous derrière ce titre ?

On pourrait traduire ce titre par : «laisser les choses être, se faire naturellement sans artifice ; laisser les chansons exister». Nous subissons beaucoup de restrictions, d'interdits dans nos vies quotidiennes et nous avons peur de franchir ces interdits. J'ai envie de dire, allons-y, vivons !

Pourquoi chantez-vous en anglais ?

C'est d'abord parce que j'ai grandi aux USA entre 7 et 15 ans. Pendant toutes ces années cruciales de l'adolescence, je m'exprimais d'avantage en anglais qu'en français. Et puis, cette langue me libère de l'aspect direct et cru du français. Il est plus facile de dire «I love you» que «je t'aime» ! Dans mes chansons, j'utilise l'anglais comme un instrument de musique pour ses sonorités.

Aviez-vous entendu parler du festival des Intimités avant d'en accepter le parrainage ?

Non, je l'ai découvert quand ils m'ont contacté pour en être le parrain. Mission que j'ai acceptée avec fierté. C'est un événement qui s'inscrit dans une démarche décalée, J'aime l'idée de rompre avec la mise en scène d'un concert, de déloger la musique, de jouer presque en acoustique. On se plie aux exigences d'un lieu. Ca rejoint le travail de création de la bande-son d'un film.

C'est important de soutenir des groupes moins connus ?

Si ça les soutient, si les têtes d'affiche fédèrent un public nombreux, oui, bien sûr ! J'ai moi-même été invité en tant que première partie de Aaron et de Isia. Ce sont des étapes importantes dans le développement d'un groupe.

On dit aussi que vous avez quelque chose du crooner glam…

Crooner, j'aime assez la comparaison avec ces types style gendre idéal, un peu voyou. Et glam, c'est sûrement parce que j'enregistre dans des studios dotés d'instruments analogiques. On retrouve un peu dans mes compos le son de ces années-là.

Pourquoi c, justement, ces choix ?

Il y a des zones où on peut se perdre dans les choix avec un matériel trop sophistiqué.

Peut-on qualifier votre style de lyrisme retenu. ?

Ah c'est parfait ! Ce qui me plaît de moins en moins, inconsciemment, c'est la retenue. Quant au lyrisme je crois que c'est ma voix qui l'induit.

Le Télégramme/Jeudis du port/17/08/2016

Le 18/08/2016

Brest, le crooner y est déjà venu. Sur le port, oui, mais pas aux Jeudis. L’erreur, si c’en est une, sera réparée ce jeudi soir. Et Rover, puisque tel est son nom, montrera ce qu’il a sous le capot, au Parc-à-Chaînes, à 21 h 15. Brest,

Vous avez déjà joué à Brest, peu de temps après la sortie de votre premier album, « Rover », en 2012. Vous en avez des souvenirs ? 

Bien sûr ! J’ai joué à La Carène. Et à chaque fois que je repense à Brest, je sais que, la veille, j’étais dans l’Est de la France et que j’avais fait un gros voyage pour arriver. Et l’expression s’y prête vraiment : j’étais venu en train et j’avais juste l’impression d’aller au bout du monde, dans le bon sens du terme. C’est un peu le cas de le dire ! Et ça a toujours été ça, j’ai toujours eu cette impression, même quand j’y allais en tant qu’individu et pas en tant qu’artiste, les rares fois où je suis venu à Brest. Je dis ça sans forme de séduction. C’est une ville que j’aime beaucoup, étant Breton (il a une maison familiale dans les Côtes-d’Armor, NDLR), c’est un coin que j’aime beaucoup, la pointe de la Bretagne… C’est une région que j’aime, très musicale aussi, il y a quelque chose de particulier. Donc ce sont des souvenirs assez intenses… et avec du brouillard ! 

Ça fait quoi d’être primé à chacun de ses albums ? 

C’est un plus, un vrai plus. Mais dans le bon sens du terme. Ce n’est pas un plus que l’on balaie du revers de la main, c’est une forme de reconnaissance parmi beaucoup d’autres, comme celle que l’on reçoit le soir avec le public. C’est une victoire de la musique plus qu’une Victoire de la musique, pour la nuance. C’est plus une forme de remerciement du milieu et, ça, c’est pas mal, c’est bon à prendre, parce que les choses vont très vite.

Vous avez enregistré votre album, « Let it glow », dans les Côtes-d’Armor. Comment ça s’est passé ?

Exactement de la manière dont je pouvais le rêver. C’était absolument fidèle à la philosophie que je voulais voir présente dans cet album et qui suivait l’écriture et toute la manière dont j’avais abordé l’écriture, justement. C’était dans un studio tout près de Guingamp. Un studio unique, remarquable, dans lequel il y a quelque chose de passionné, musicalement parlant. Sans compter que, ce studio, c’est du 100 % analogique et c’est ce que je voulais, comme pour le premier album. L’analogique devient rare et précieux… Donc ça me plaît !

 

Quelle est l’histoire de ce nouvel opus ?

 

C’est d’avoir l’envie de retourner sur la route, c’est l’envie d’enregistrer, c’est que de l’envie, en fin de compte ! C’est l’envie d’écrire des chansons, de leur rendre hommage et honneur, d’être à la hauteur de ce que je voulais faire, sans prétention, c’est juste quelque chose de très personnel, le fait d’avoir pris en main la réalisation du disque a été un défi dans le défi, le fait de faire un deuxième disque c’est malgré tout un défi même si ça ne m’a jamais angoissé et puis la joie de le faire écouter après… C’est plein de choses comme ça qui font qu’il y a une joie encore décuplée du fait d’avoir eu l’expérience du premier disque. Et son histoire, sans entrer dans le détail des paroles, est presque à l’extérieur du disque, elle est dans ce que le disque apporte humainement. Elle s’écrit encore aujourd’hui, à l’heure où je parle. C’est un vrai bonheur.

On va, justement, entrer dans le détail des paroles… « Call my name », « Let it glow », c’est l’histoire d’un cœur brisé ? 

Au premier sens, ça l’est toujours, il y a toujours une forme de dureté de la vie qui sort de mes chansons… Mais ce qui me plaît le plus, c’est la façon dont on rebondit, c’est le plus qui vient après le moins. C’est surtout ça qui m’a plu dans les premières chansons que j’ai écrites dans ce projet, c’est la façon, la capacité qu’a un homme ou une femme, un jeune homme, une jeune femme, ou un être humain, quel que soit son âge, de rebondir après ce qui a pu être un arrachement à un pays, un cœur brisé, une amitié trahie… Et parfois ce sont des choses assez anodines, c’est ce que l’on peut lire dans la presse, des choses qui nous touchent de façon très personnelle. Et c’est l’action-réaction, en fin de compte, qui me plaît et que je décris dans mes chansons.

On dit que vous écrivez la nuit. Pour quelles raisons ?

C’est surtout en début de nuit ou en fin de nuit, je dors quand même, je ne suis pas un hibou ! Ce sont des moments un peu volés, où on vole des instants un peu précieux, des moments où l'on s’abandonne, où l'on est moins dans une espèce de rythme de plein jour et où le corps et l’esprit, en tout cas en ce qui me concerne, sont davantage concentrés sur la musique. Il y a quelque chose qui est en suspens dans ces tranches horaires, ce sont des états seconds qui apparaissent. Et puis les instruments sonnent différemment aussi, la ville, la campagne… Il y a des fantômes qui sortent, c’est intéressant.

On chuchote que vous remettriez le couvert avec «The New Government», un groupe de punk-rock franco-libanais que vous animiez avec votre frère. Est-ce vrai ? 

Les gens boivent trop, ils racontent n’importe quoi (rires). Ce serait avec plaisir mais ça va être compliqué, certains membres du groupe sont Libanais donc il faudrait avoir des réductions sur les billets d’avion et trouver des moments dans leurs plannings, dans le mien et dans celui de mon frère. Mais j’aimerais bien. C’est une parenthèse qui n’a jamais été fermée, nous nous sommes quittés pour des raisons indépendantes de notre volonté (il a dû quitter le Liban, NDLR). J’aimerais bien. Mais ce n’est pas d’actualité… Peut-être dans cinq ans, dix ans, cinq mois… Dieu seul sait.

Et pour « Haussmann tree » ?

C’est une antichambre, c’est un lieu de travail… Je vois régulièrement mon frère, on en discute, on fait de la musique. Voilà, c’est un projet tellement atypique, tellement particulier, qu’il doit trouver sa place pour exister. Mais il existe, de façon très intime, entre nous. C’est un projet qui n’est dans aucun courant, aucune structure, qui est en soi très libre et c’est pour cela qu’il existera, réellement, quand… les planètes s’aligneront (rires)! ». 

Pratique Concert ce jeudi soir, à 21 h 15, au Parc-à-Chaînes. Gratuit.


 

Late Night Love/Le transistor.com

Le 29/07/2016

Blog Vieilles Charrues 2012

Le 29/07/2016

Les impondérables de la route ayant toutefois ralentis notre fringant véhicule, la gare routière étant située à un bon kilomètre du camping et les candidats à ce dernier devant être dûment fouillés avant de pouvoir y pénétré, je me retrouve en retard pour le coup d’envoi du festival, malgré un planning prudent de ma part.
Tant pis donc pour ROVER, premier à s’élancer sur la pré pour cette édition, et dont les cinq premiers morceaux (dont mes deux préférés, Late Night Love et Aqualast, hélas) me serviront de bande son pendant l’installation ma tente dans une parcelle assez éloignée de l’entrée du camp (zone 10 pour ceux qui voient), puis pendant l’acheminement jusqu’à la scène Kerouac où notre arpenteur des planches a fait escale avec ses musiciens. Vu toute la route qu’il s’est déjà enfilé cette année et s’enfilera encore jusqu’à la fin de sa tournée marathon, on se dit que les organisateurs ont bien fait de le programmer sur l’estrade nommée d’après l’auteur de On The Road.

7ème concert de Rover pour votre serviteur en l’espace d’un an, avec un dernier mois particulièrement chargé (Solidays, Soirs d’Été et Vieilles Charrues donc), je commence donc à connaître son show. Et c’est bien ça que je lui reproche: aucune différence de setliste entre Domino et Kerouac, d’où un certain ennui au bout de seulement quelques minutes de concert. Une vieille impression d’assister un show réchauffé et déjà servi une cinquantaine de fois, le sentiment que le mode pilote automatique a été enclenché comme à Solidays, malgré le déni catégorique de l’intéressé, qui jure être très content de revenir en Bretagne, « là où le projet (et sa mère aussi, accessoirement) est né ». Pour autant, je ne l’ai pas senti particulièrement ému le père Rover, à moins qu’il ne cache très bien son jeu.
Preuve en est l’ultime morceau du set, le fameux Full of Grace extended (voir report Soirs d’Été) qui démarre bien, s’élève dans le ciel de Kerampuilh… et retombe comme un soufflé au bout de quelques minutes. Et pourtant, Flipotar n’était pas là cette fois. Cerise sur le gâteau, le grand homme quitte la scène en balançant un « Merci aux musiciens » qui m’a beaucoup surpris: à l’entendre, on aurait pu croire qu’il venait de jouer avec des requins de studio qu’il n’avait jamais croisé auparavant, et pas avec trois types qui le suivent sur la route depuis le début de l’aventure (dont un est carrément le producteur de son album).

Bref, mon avis est peut-être un peu biaisé du fait de l’expérience (ah, je me sens chenu tout d’un coup), et sans doute que les spectateurs ayant découvert Rover aux Vieilles Charrues ont été enchantés par sa prestation (j’ai bien discuté un gars à Soirs d’Été qui était devenu fan après le très moyen – à mes yeux – concert des Solidays, c’est dire si l’animal peut fasciner), mais pour ma part, je suis resté sur ma faim.
Autant je sais pourquoi il faut aller voir Rover en concert, autant je ne vois pas de raison objective à aller le revoir sur scène… pour le moment. Pas de prime à l’ancienneté, c’est vraiment dommage. Espérons que les concerts de la tournée d’automne ne seront pas des copies conformes des performances estivales, et que le wanderer tourmenté de la chanson française remaniera un peu sa setliste avant la fin de l’année. Comme il n’a que des bonnes chansons pour le moment (l’introspectif Wedding Bells mis à part), ça ne devrait pas être trop compliqué.

 

https://sausorotime.wordpress.com/2012/07/